[Puisqu'une raison, même mauvaise, reste une raison...]
Le tarmac de l'aéroport international N'Djili* est le lieu des révélations les plus profondes. Je ne dis pas ça parce que, de tous les pays que j'ai un jour visité, le Congo est sans conteste le plus religieux (certainement le sujet d'un billet ultérieur où il ne saurait être question d'omettre de mentionner l'existence de la " salle du Royaume de Dieu sur la Terre - nouvelle civilisation planétaire - sixième continent "). Et je ne m'en suis pas rendu compte immédiatement en posant le pied par terre à la descente de la passerelle. Probablement parce qu'à ce moment précis, je me disais en des termes un peu simples (" Bon, ben... ça y est. ") quelque chose que d'autres ont plus élégamment exprimé (" That's one small step for a man, etc. "), considération qui, même énoncée simplement, occupe assez l'esprit pour vous empêcher de voir que de grandes révélations se profilent à l'horizon. Cela dit, c'est vrai, la consultation de l'annexe statistique du Dictionnaire encyclopédique des grandes révélations qui changèrent la face de l'humanité révèle que les grandes révélations en question se profilent le plus souvent discrètement, que l'esprit soit ou non occupé par des considérations de bas de passerelle (ne pas confondre avec une considération de bas étage).
Bref, laissant l'humanité s'entraîner au saut en longueur en prévision des mondiaux de Tokyo, je ne contemplais pas encore l'horizon serein de la sagesse universelle. Ce qui ne m'empêchait pas non plus de voir, au fronton de l'aéroport international N'Djili, en jaune sur fond bleu ou plus probablement en jaune sur fond rouge (la consultaton d'archives photographiques seraient utiles sur ce point mais la suite de l'histoire expliquera qu'aucune mise au point définitive ne puisse être faite ici), le message amical et prometteur d'un peintre publicitaire (payé, à en juger par la fresque adjacente, par Celtel - note pour moi-même, penser un jour à faire part au lecteur du moyen infaillible de trouver un aéroport - compagnie de télécommunication mobile dont la charte graphique jaune et blanc sur fond rouge me permet de trancher la polémique précédente : en blanc sur fond rouge, ou en jaune sur fond rouge, enfin, dans tous les cas, sur fond rouge) me souhaitait la bienvenue à Kinshasa derrière une demi douzaine de drapeaux congolais (rouge et jaune sur fond bleu, de manière certaine). Bref, un sympathique message de bienvenue, redoutablement esthétique et que mon oeil de photographe tout occupé à se demander comment, et sous quel angle, avec ou sans le zoom n'a pas pu s'empêcher de ne pas voir (" évidemment, c'est LA photo à na pas rater pour raconter l'arrivée à Kin " enfin, la vérité m'oblige à dire, à cet instant du récit " ... à Kinshasa " puisque, parler de Kin en disant " Kin " suppose d'avoir déjà été à Kin - actually, you know, when I was in Congo-Kin...). Bref, de l'oeil à la main en passant brièvement par le cerveau, le message passe et me voilà ouvrant la fermeture éclair de ma poche de pantalon, récupérant mon appareil dans son étui, ouvrant l'étui - le tout en marchant sur le tarmac de l'aéroport international N'Djili - pour finir par... me trouver nez à nez avec le canon d'un AK-47 qui me parle anglais ou français ou lingala ou je ne sais quelle langue que je ne comprends pas (oui, même le français tu ne sais pas que c'est du français quand on te hurle dessus avec un canon de 7,62mm en guise de porte-voix). Mais le langage de la Kalachnikov est assez universel pour comprendre que je suis en train de faire une grosse connerie, ne même pas tenter de sourire (penser à expliquer un jour à ma maman que sa technique de sourire désarmant ne fonctionne pas, au moins au sens étymologique du terme) et refourrer l'appareil et l'étui dans la poche dont ils n'auraient même pas du imaginer sortir, photo irratable ou pas, tout en comprenant que le tarmac de l'aéroport international N'Djili** est un lieu de révélations profondes : bien que je sache n'avoir aucun don pour les langues, je suis en mesure d'en comprendre certaines somme toute assez utiles et dont l'efficacité ne s'embarasse d'aucune complexité grammaticale et/ou syntaxique. Maintenant, ne pas savoir si le message était en jaune ou blanc sur fond rouge (ou jaune sur fond bleu ?) ça n'est que le prix dérisoire de cette prise de conscience brutale : " Bon, ben... voilà, nous y sommes, au Congo " et, quoique j'ai pu en penser à cet instant précis, bienvenue à Kinshasa.
* note à l'attention de mes lecteurs qui ne seraient pas tout à fait familiers avec la liste des grandes plate-formes aéroportuaires africaines, il s'agit bien de l'aéroport international N'Djili de Kinshasa.
** Parler de l'aéroport international N'Djili, me permet opportunément d'insister sur le fait que, comme dans la plupart des aéroports internationaux, les installations techniques de Kinshasa-N'Djili ne sont pas supposées être photographiées. Maintenant, si vous tentez de faire usage de votre appareil photo sur le tarmac de Roissy-Charles De Gaulle, le personnel de sécurité et/ou les agents techniques vous expliqueront poliment et fermement dans un anglais sans accent (ou directement en français si vous volez sur Air-France et/ou que vous ressemblez trop à un Français) que ce type de pratique est prohibé. Un anglais sans accent, un peu froid. Un AK-47 civilisé, en quelque sorte.
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